Secrétaire général de l’ONU : le candidat choisi n’est pas celui qui a le plus de soutiens, mais celui qui suscite le moins d’oppositions

post L’élection du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies demeure l’un des processus diplomatiques les plus sensibles et les plus stratégiques du système international. Bien que l’Assemblée générale, composée de 193 États membres, procède formellement à la nomination finale, la réalité du processus se joue d’abord au sein du Conseil de sécurité.
Selon la procédure établie par la Charte des Nations Unies, le Conseil de sécurité propose un candidat à l’Assemblée générale. Pour être recommandé, ce candidat doit obtenir au moins 9 voix favorables sur 15, mais surtout ne faire l’objet d’aucun veto de la part des cinq membres permanents : les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni.
Dans la pratique, ce système confère aux cinq puissances disposant du droit de veto un rôle déterminant. Un candidat, même soutenu par une majorité écrasante des États membres, peut être écarté si l’un de ces pays décide de bloquer sa nomination.
Les critères non écrits : rotation géographique et consensus diplomatique
Au-delà des règles formelles, plusieurs critères informels influencent fortement le choix du Secrétaire général. Parmi eux, le principe de rotation géographique occupe une place centrale. Bien qu’il ne soit inscrit dans aucun texte juridique, ce principe vise à assurer une représentation équilibrée des grandes régions du monde à la tête de l’ONU.
Historiquement, les secrétaires généraux ont été issus de différentes régions :
Europe occidentale
Asie
Afrique
Amérique latine
Dans cette logique, de nombreux observateurs estiment que le prochain cycle pourrait logiquement revenir à l’Amérique latine, région qui n’a plus occupé ce poste depuis plusieurs décennies.
La candidature de Rafael Grossi
Dans ce contexte, la candidature de Rafael Grossi apparaît aujourd’hui comme l’une des plus crédibles.
Actuel directeur général de Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le diplomate argentin dispose d’un profil particulièrement pertinent au regard de la situation internationale.
Le monde traverse en effet une période marquée par des tensions géopolitiques majeures, avec plusieurs conflits actifs et un risque croissant d’escalade nucléaire. Dans ce contexte, l’expérience de Rafael Grossi dans la gestion des dossiers sensibles liés à la non-prolifération nucléaire pourrait constituer un atout majeur.
Son profil présente également l’avantage d’être relativement consensuel auprès des grandes puissances, ce qui est souvent la clé dans une élection où l’absence de veto compte davantage que l’enthousiasme des soutiens.
Les chances limitées d’un candidat africain
Plusieurs analyses évoquent également la possibilité d’une candidature africaine, notamment celle de Macky Sall. Son profil international et ses relations diplomatiques avec plusieurs grandes puissances — notamment la Chine, la Russie, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis — pourraient théoriquement jouer en sa faveur.
Cependant, dans la mécanique du Conseil de sécurité, le soutien du bloc africain, composé de 54 États, reste relativement limité face à l’influence décisive des membres permanents disposant du droit de veto.
L’histoire récente illustre bien cette réalité. Lorsque l’Afrique a accédé pour la première fois à ce poste avec Boutros Boutros-Ghali, celui-ci n’a exercé qu’un seul mandat de cinq ans après avoir été bloqué par un veto américain lors de sa tentative de réélection.
Son successeur, Kofi Annan, également africain mais issu d’un pays anglophone, avait été choisi dans une logique de compromis diplomatique afin de maintenir l’équilibre régional et linguistique au sein du continent.
Le rôle déterminant des grandes puissances
En définitive, l’élection du Secrétaire général de l’ONU repose moins sur une compétition électorale classique que sur un délicat équilibre géopolitique.
Le candidat idéal est généralement celui qui remplit trois conditions :
Ne provoquer aucun veto des cinq membres permanents
S’inscrire dans la logique de rotation géographique
Présenter un profil diplomatique consensuel capable de rassurer les grandes puissances
Dans ce cadre, un candidat africain pourrait émerger uniquement dans une situation particulière où les grandes puissances ne parviennent pas à s’accorder sur un autre profil et décident finalement de soutenir une personnalité considérée comme neutre.

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À ce stade, la dynamique internationale et le contexte stratégique mondial semblent cependant favoriser des profils issus d’autres régions, notamment de l’Amérique latine.

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